• LES VISAGES DE L'AVENUE

    J’était seul et j’avait posé sur la table un revolver, prit un verre, une bouteille de vodka à peine entamée -j'ai tout mon temps pour me foutre en l'air- puis j’ai bu et rebu, réfléchit tout en fumant le temps, tout en laissant à chaque cigarette l'allumette brûlée jusqu'au bout dans le cendrier. Le monde-lui ronronnait son quotidien dans la rue, dehors sur le mas de ma porte. Ce monde n'était pour moi qu'un sale gosse à qui je ne voulait plus ouvrir, un sale gamin déguisé en adulte, un gamin immonde avec lequel j’etait deja fatigué de me battre. Dieu seul sait, combien de fois ce monde m’avait provoqué, souvent je me mettait à courir après lui, la hargne au ventre, tandis que le monde-lui me narguait, mais à chaque fois ce monde m’échappait. J’aurait voulu le tenir par le colbaq, le fixait droit dans les yeux, lui dénonçant ainsi d'un seul regard la charge de révolte qu'il avait mit en moi, histoire de voir s'il aurait continuer a frimer, et peut être alors s'il avait baisser les yeux, s'il avait ressenti a mon egart ne serait-ce que juste un peu de regret, alors peut-être l'aurais je trouvé plus humain. Que le monde soit humain ou non, qu'importe ! Ce soir, si je pointe mon flingue sur ma tempe, quel bras sera là pour l'en empêcher ? Aucun ! Sinon ce même bras qui d'une arme de mort, d’un seul doigt me désigne ! Ce doigt c'est le sien, ma vie est entre mes mains. Comment ? Répète ce que tu vient de dire ! Ma vie est entre mes mains ? Oui c'est vrai ! Jamais j’amais je n'en avait pris autant conscience qu'en cet instant. Jusqu'ici j’éprouvait le sentiment de n'être qu'un figurant jeté là comme au beau milieu d'une pièce de théâtre dramatique, pour que chacun puisse jouer son rôle, dire sa réplique, l'une son rôle de nourrice, l'autre son rôle de beau-père, un troisième, son rôle de Monsieur qui fait les gros yeux. Mais qui était je pour le soûlard qui rentre tard chaque soir, une tète a claque ! et pour la femme douce ? Et tout cet entourage d'adultes qui sur mon enfance jette les sorts de leur propre désespérance : « toi tu n'arriveras jamais à rien dans ta vie, on en reparlera -et vaurien par-ci et vaurien par-là. En bas de mon bulletin le directeur de l'école avait fait la moyenne de toutes mes notes : NUL! Peut être avait-je eu la grâce du dédain, de ne jamais prendre toutes ces mauvaises nouvelle de merde, pour parole d’Evangile. « Puisqu'elle vous semble si juste cette note, vous pouvez la carrer dans le cul, j'en ai rien à foutre. éffronté en plus ! . Mais se soir le flingue était posé sur la table à coté de mon verre vide, et ma vie entre ses mains. Ce que je voulait ce n'était pas vraiment mourir, mais donner du mouvement à la mort, qu’au mais moment crucial où il j’aurait le feu sur ma tempe, près à presser la détente, quelqu'un alors se précipite pour me sauver, oui ! je voulait être sauvé, mais je me rassura tout de suite, je savait bien qu'il n'y avait pas de danger, que je pouvait tranquillement me flinguer plusieurs fois sans que personne ne vienne me déranger. A l'esprit, me vint alors cette multitude de visages, ceux là-mêmes qui m'emmenaient souvent flâner dans les rues nonchalant. Depuis une photo de moi bébé, prise deux jours apres ma maissance en noir et blanc, j’ai toujours trouvé extraordinaire de rencontrer chaque jour, chaque minute, un visage inconnu, puis un autre, tant de visages face auxquels on ne sait plus ou donner de la tète, tant de visages combien désarmants ! Quelquefois mon regard s'attardait sur l'un d'entre eux, et je songeait : « ce visage là, est celui de tout ceux qui t'échappent, il porte en lui une multitude de visages connus et inconnus, de lui comme de toi, c'est un visage d'espoir, ses pas semblent n'être que des pas de plus qu'il fait, et pourtant ce visage me vient de loin, c'est moi qui suis sur son chemin, il arrive de toute une histoire présente en un seul de ses pas, ses pas dont son visage s'avance. Prenant conscience de cela, en moi survint le désir de s'avancer vers ce visage, et de s'adresser a lui. " Ca va ? Quelle route ! Quelle traversée ! De quel mort vous revenait ? Vous voulez vous arrêter un moment ? Boire un verre un instant ? Venez à la terrasse Vous en avez parcouru un chemin Où continuer -vous a marcher ainsi ? Mais peut- être suis-je en train de vous retarder ?! Quelqu'un vous attends ?. Pour ma part je suis seul sur le chemin de tant d'autres, il me semble être un nouveau-né dont plus personne ne s'émerveille. Qu'elle joie pourtant d'être un inconnu parmi les inconnus, un visage parmi les visages. Ce sont eux tous qui me retiennent sur cette terre, ils n'ont pourtant rien fait d'extraordinaire pour me sauver ce soir, mais il se trouve que j'étais seul et que j'avais posé un revolver sur la table, quand tous ces visages me sont alors venus à l'esprit, me désarmant. Ils étaient venus me rendre visite de leurs présences, et m'ont enlevé cette balle de la tète. Ils étaient venus pour me sauver, passant par un chemin intérieur en moi que j’ignorait, un chemin par lequel ils m'ont emmenés non pas vers la sortie, mais vers une entrée. c'est par ce même chemin qui me traverse, que chaques jours que Dieu fait, sa présence anonyme, tient ouvert en mon coeur, un passage a venir au visage de l'humanité. Ainsi le monde me porte vers l’inconnu et je le porte en moi, comme une femme sterile eprouve en ses entraille une grossesse dificile, sans n’avoir pourtant connu aucun amour de prés. Bien plus tard, je me souviendrait de cette parole du philosophe Lévinas : - la dimension du Divin s'ouvre à partir du Visage Humain-